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Gratitude et Minimalisme – De l’importance de ne pas oublier pourquoi

Différentes raisons peuvent un jour nous amener à considérer un mode de vie plus minimaliste et à commencer à changer des choses pour alléger notre quotidien. Quel que soit notre cheminement, il peut arriver que l’on perde de vue ce pourquoi tout à commencé un jour, au risque d’en oublier la gratitude au passage… C’est pourquoi aujourd’hui je vous propose une petite réflexion/confession sur le sujet.

Pour la plupart des personnes embarquées dans une aventure minimaliste, il y a généralement un point de départ, un moment de basculement de perspective. Tout peut partir d’une discussion, d’une lecture parlant des bienfaits du ‘moins’ qui à un instant précis résonne avec un ‘trop’ que l’on ressent: trop d’objets, trop de vêtements (et rien à se mettre), trop de bazar, trop de dettes, trop de responsabilités (que l’on s’impose soi-même la plupart du temps), trop d’activités, trop de gens à satisfaire, etc.

Cette impression de trop se couple aussi la plupart du temps avec un sentiment de frustration du ‘pas assez’. Nous n’avons pas assez de temps à consacrer à nos enfants ou à nos proches, pour vivre des choses avec eux, mais aussi pour prendre soin de nous, faire du sport, entretenir notre maison, faire ce qui nous fait plaisir, ou tout simplement ne rien faire. Dans une grande majorité de cas, ceux qui comptent le plus pour nous sont au cœur de cette impression. On aimerait tellement être plus disponible pour eux, nous qui sommes pris par un quotidien envahissant et le rythme effréné que nous impose la société actuelle du toujours plus. Ce fut le cas en ce qui me concerne. Je pense avec le recul que c’est une envie profonde et un besoin impérieux de pouvoir profiter plus pleinement du temps avec mes enfants, sans courir d’une tâche à l’autre, associés à un souci environnemental qui m’ont amenée petit à petit à changer ma façon de voir les choses et m’ont fait cheminer vers un mode de vie plus minimaliste.

Lorsqu’on découvre ce mode de vie, on sent de façon diffuse que quelque chose dans celui-ci pourrait nous permettre de réaligner notre mode de vie autour de ce qui compte vraiment. Il pourrait nous permettre  d’être mieux organisé, de disposer ainsi de davantage de temps pour ce qui compte vraiment, et ceux qui comptent vraiment et d’être aussi plus disponibles mentalement pour cela.
Alors on se lance, soit en une seule fois à coup de grands désencombrements (matériels mais aussi dans tous les aspects de sa vie), soit plus raisonnablement en faisant attention à ces nouvelles choses qui tendent à entrer d’elles-même dans notre vie, tout en écartant petit à petit ces choses (au sens large du terme, pas uniquement les objets) dont on ne veut plus s’encombrer. Les premiers bénéfices se font rapidement sentir, on apprécie ce temps dégagé, cette sérénité retrouvée, on apprécie aussi ces placards mieux rangés, plus aérés, on reprend le temps d’être présent auprès des nôtres. C’est tellement agréable.

Le sentiment d’avoir fait le bon choix grandit et avec lui peut aussi apparaître une certaine euphorie. On devient ‘accro’ à ce sentiment de légèreté tout juste découvert et le risque existe alors de devenir comme obsédé par cette idée de réduire ses possessions et son emploi du temps, par ce moins. J’ai moi-même eu des moments où je ne pensais quasiment qu’à désencombrer, mon regard devenait un radar scrutant les pièces de ma maison, l’intérieur des placards pour dégoter encore quelques objets dont je pouvais me débarrasser. Mon mari en est même arrivé à plaisanter sur le fait qu’il espérait que je ne le ‘désencombre’ pas lui aussi.

A trop vouloir se délester du superflu, ce mode de vie minimalisme peut en fait devenir une forme de ‘matérialisme’, complètement centré sur les objets ou plutôt sur leur absence, leur réduction, en se fixant même parfois des chiffres, des règles contraignantes, qui si elles peuvent être une aide au début, peuvent s’avérer avec le temps n’être plus que source de frustration. Cette obsession du ‘moins’ que peuvent avoir certains minimalistes à un moment, est dans ce cas aussi préjudiciable que l’obsession du ‘plus’ de ceux que les minimalistes jugent matérialistes. En prenant toute la place dans notre esprit elle nous encombre et nous empêche d’être disponible pour ce (et ceux) pour quoi nous avons choisi de nous embarquer dans ce mode de vie en tout premier lieu.

Un autre risque existant, directement lié à ce risque d’obsession du moins, qui peut s’avérer dévastateur si nous n’y sommes pas vigilants est celui d’adopter une attitude de refus, de manque de gratitude vis à vis de nos proches. En effet à vouloir contrôler à tout prix le nombre de nos possessions, il est possible de devenir rigide et d’en arriver à refuser systématiquement tout nouvel objet même lorsque celui-ci est offert ou donné par nos proches. Cette attitude même si elle vise à maintenir un « certain état minimaliste de nos possessions » et n’a rien à voir avec l’affection que nous portons à nos proches, peut pourtant être vécue de façon douloureuse par eux, comme un dénigrement de leur affection qu’ils ont choisi de nous transmettre à travers l’objet qu’ils nous offrent. Nous avons bien trop souvent pris l’habitude de prouver notre attachement aux autres à travers les objets que nous leur offrons, en les choisissant parfois avec beaucoup d’attention, ou même en les fabriquant avec tout notre cœur. Si nous refusons ces preuves d’affection, n’oublions pas que cela peut être ressenti comme un refus de l’affection elle-même. Cela peut aussi être ressenti comme un manque de reconnaissance, de gratitude vis à vis de personnes qui ne veulent que notre bien, notre confort etc (bien sur, je ne parle pas ici des cas où des proches cherchent a se débarrasser de leurs objets en nous les refourguant).

Au début de mon parcours et quand j’ai ressenti un réel bien-être grâce au fait de moins posséder, j’ai eu tendance à vouloir à tout prix contrôler ce qui pouvait entrer dans ma maison. Je pense avoir été parfois maladroite en expliquant à certains de mes proches que je les remerciais pour leur cadeau tout en laissant comprendre que je ne saurai pas quoi en faire, ou lorsque mon visage devait trahir ma pensée… Aujourd’hui j’essaie d’accueillir tous ces nouveaux objets arrivant par surprise chez nous avec une réelle gratitude vis à vis de la personne qui nous l’offre, en appréciant toute l’intention qu’elle à mise dedans,  quitte à quelques mois plus tard, transmettre cet objet à quelqu’un à qui il sera plus utile si effectivement, cet objet nous encombre plus qu’autre chose. Je dois avouer que nous avons beaucoup de chance d’avoir des familles qui ont compris notre façon de voir les choses et qui essayent toujours s’ils nous offrent quelque chose, que ce soit quelque chose qui nous serve vraiment (comme un vêtement pour les enfants, un objet utile au quotidien, ou des choses consommables comme des confitures maison, une bonne bouteille, des cosmétiques fait maison, etc), du coup cela simplifie les choses car nous apprécions vraiment ces objets. Je pense par exemple à des jeux en bois reçus par les enfants à Noël, ou mon égouttoir en inox reçu de mes parents et que j’ai plaisir à utiliser quotidiennement, ou encore aux compotes préparées avec amour par ma Belle Maman et que nous savourons régulièrement.

Au final, prise par cette frénésie de réduire, j’en avais presque oublié pendant un moment l’essence même du minimalisme à savoir qu’il n’est qu’un outil pour accéder à une vie plus intentionnelle et tournée vers l’essentiel  et non une fin en soi. Peut-être cet égarement temporaire était-il nécessaire pour prendre la vraie mesure des choses, et apprécier à leur juste valeur les objets, les proches qui nous les offrent, et toute l’affection qu’ils nous portent. Je me sens aujourd’hui plus sereine face au flux incessant des objets autour de nous, car j’ai pris la mesure de ce qu’ils sont, simplement des objets, parfois vecteur d’une expression d’amour de nos proches, mais ils restent des objets rien de plus. Ils ne valent certainement pas la peine de mettre en danger nos relations avec nos proches. Oui, nous aurons beaucoup de nouveaux objets chez nous, car nous les acquérons ou parce que nous les recevons, et ce n’est pas un problème. Tout évolue, y compris nos besoins et les objets qui peuvent y répondre à un moment donné, ce qui compte c’est de ne pas les laisser occuper dans notre esprit et notre intention la place qui devrait revenir à ce (ceux) qui compte vraiment pour nous.

Vous êtes vous aussi déjà laissé emporter par cette euphorie du ‘moins’?
N’hésitez pas à partager votre expérience ici en commentaire.